Manger bio : comment j'y suis arrivée petit à petit

Je suis venue au bio petit à petit mais il y a déjà plus de 25 ans.

D'abord j'aimais les produits de qualité et par là je veux dire les produits locaux et naturels. Comme le vrai fromage de brebis acheté en montagne ou le miel de petit producteurs perdu au fin fond du Champsaur, les sardines ou les coquilles St Jacques achetées sur le port.

Manger bio: comment j'y suis arrivée petit à petit
Manger bio éviter le nombre incroyable de traitements des fruits aux pesticides.

Ou encore je me souviens bien d'une petite grand mère sur le port de Honfleur qui vendait des tartines de pain complet en tranche, avec du beurre salé et couvertes de minuscules crevettes roses épluchées par elle. Enfant je me servais dans la fontaine où flottaient les pêches ou les melons en été, et en hiver nous avions les pommes que ma mère conservait sur des tables et des tables couvertes de papier journal. Bref, de vrais aliments.

Mon père me disait déjà que je ne devais pas manger la peau des abricots. Il était médecin et il savait. Depuis j'ai appris (parole d'un ami qui vivait dans un verger d'abricots) que les bonnes années, il n'y a que... 13 passage de pesticides !!!

Et puis j'ai oublié.

J'achetais du vrai et du "faux", du bon et du "truqué", je suis devenue inconsciente et, disait-on, moderne !

Pourtant, j'avais gardé l'amour des produits régionaux traditionnels, surtout ceux de mon enfance.

Un jour j'ai appris que les agneaux de Sisteron étaient plus ou moins élevés en Australie ou en Europe de l'Est (je ne sais plus) et revenaient passer 3 semaines dans les près autour de Sisteron pour avoir l'autorisation d'être vendus comme des agneaux de Sisteron. Le tampon faisait foi ! Et puis petit à petit je commençais à me renseigner.

Le changement

Lorsqu'un ami a proposé à mon compagnon de l'aider à livrer des produits bio à Paris, une porte s'est ouverte devant moi. Il s'agissait de produits de Vendée. Des produits cultivés par des agriculteurs qui faisaient pousser une herbe "secrète" qui leur permettait de ne pas avoir besoin de produits phytosanitaires pour avoir de belles récoltes.

Des éleveurs qui se cachaient dans les bois avec leurs fusils et leurs vaches pour ne pas être obligés par les gendarmes de vacciner leurs bêtes. Des villages qui reconstruisaient le four communal pour cuire le pain fait avec leurs céréales bio et locaux.

Ils ont même fourni la première biocoop de Paris qui était d'ailleurs à Montreuil. Bref de vrais agriculteurs qui retrouvaient les secrets de leurs ancêtres avec un but sanitaire et commercial, avec une éthique et la foi en leur vérité.

Un autre combat commence

Vous savez, on parlait de purin d'ortie, on parlait de produits de saison, on parlait de goût naturel et de produits murs. Aujourd'hui c'est banal, tous ceux qui s’intéressent un tout petit peu à la santé et à la bonne nourriture, tout le monde en a entendu parler. Mais pas du tout à l'époque.

Moi qui aie eu 20 ans juste après mai 68, qui avait gardé le souvenir de l'importance des répercussions que nous avions entrainées avec notre mini révolution, qui avait été une militante pour le droit des femmes, qui avait participé aux grands mouvements contre la guerre du Vietnam ou contre le racisme dans les années 70 sur le campus de UCLA, je me suis vite aperçu que ce serait un autre combat dans ma vie. Je ne savais pas qu'il faudrait autant de temps pour que ça devienne une cause nationale.

Je commence à manger bio

Manger bio: comment j'y suis arrivée petit à petit
Manger bio est une mode aujourd'hui, mais c'est avant tout une tradition.

Bref, petit à petit, j'ai acheté bio, mangé bio, redécouvert le gout des bons aliments, appris à cuisiner différemment, lu, beaucoup lu, et commencé à comprendre que c'est tellement important et tellement différent de ce que les gens qui ne s'y intéressent pas croient.

Puis je me suis fait tout un réseau de magasins, de marché. J'ai fréquenté 10 ans le marché bio du Bld Raspail, puis celui du Bld des Batignoles pour cause de déménagement, puis j'ai découvert le réseau des biocoop, Naturalia et d'autres magasins uniquement bio se sont incroyablement implantés à Paris. Pour faire mes courses, je choisis un lieu ou un autre en fonction de ce qu'ils ont, des prix qu'ils pratiquent, de la partie de Paris où je me trouve.

Dès que je suis en province, vous pouvez me poser n'importe où. En quelques jours, je trouve les producteurs bio, leur marchés, leurs fermes, leurs boulangeries. Et je peux vous dire qu'il y en a partout en France. Et ils font de bonnes choses, ils sont tous intéressant (enfin presque tous), il adoptent les traditions locales au bio ou le bio aux traditions locales.

On apprend à manger autrement

Dans ce processus, petit à petit on apprend à manger différemment, on achète différemment, on fait plus de choses simples ou "maison". Il faut avoir lu 10 ans de "biocontact" ou d'"écolomag" pour se faire une idée et pleins de livres en parlent maintenant aussi.

Il faut être allé chercher les pissenlits pour faire les salades de printemps et les orties pour faire les soupes d'été. Il faut avoir gouté les algues et tant de choses oubliées de nos jours, pour apprécier. On se met à ne plus aimer plein de chose qu'on aimait. On se promène au pas de course dans les supermarchés pour foncer directement au stand des produits bios si on a pas eu le temps de trouver des commerçants purement bio.

Pourquoi ? parce qu'on a plus envie des autres produits. On apprend à lire toutes les étiquettes. Je n'ai plus envie d'être bernée, mentie, volée. Une belle image sur le paquet ? je m'en moque, je veux un bon produit. Un produit pas cher ? je préfère moins d'un produit de bonne qualité.

Le bio trop cher ?

Manger bio: comment j'y suis arrivée petit à petit
Manger bio, c'est manger différement.

Trop cher ? mais non ! Je vous l'ai dit plus haut, on n'achète plus les mêmes choses, on ne mange plus les mêmes choses, on ne cuisine plus les mêmes recettes. Inutile d'acheter tout ce qui est plus cher. Inutile d'acheter de tout.

Inutile de remplir son cadie pour jeter tous les emballages, pour laisser périr au frig ce qui n'est pas mangé tout de suite. Inutile d'acheter de grosses quantités. "Vous me donnerez 2 carottes et 1 poireaux, 2 citrons, une salade et 3 pêches, une poignée de noix et une demi livre de panais".

Voilà, ce que j'achète, je l'utilise avant que ce ne soit cueilli depuis trop longtemps ou acheté en sachets aux quantités inutiles. Fini les emballages en grande quantités, couteux, difficiles à recycler, moches et issus du pétrole.

J'ai des petits sacs de papiers recyclés que je ramène la semaine suivante pour mes nouveaux achats et je pars au marché avec mon cabat. Je garde mes emballage à œufs et je les rapporte. Je lave mes bocaux de confiture car mon maraîcher les recycles pour ses confitures et ses cornichons.

Et je choisis des produits locaux, le plus possible sans pour autant me priver de tout le reste, mais de temps en temps, comme une gâterie, en souvenir du jour ou mon beau père, qui ne manquait pas de quoi acheter tout ce qu'il voulait, allait acheter 1 mangue, une seule chez Hédiard car il n'y en avait pas ailleurs à l'époque et réunissait toute la famille pour partager la mangue. Ça laisse rêveur aujourd'hui! Mais je n'ai jamais mangé d'aussi bonnes mangues de ma vie.

Manger bio demande trop de temps ?

Tout ça demande trop de temps ? Et vos demi-journée au supermarché? ce n'est pas long, les queues aux caisses, les promenades infinies dans les allées du magasin? ce n'est pas long? En tout cas, je vous garantis que je ne passe pas plus de temps que vous à faire mes courses. Et quand je suis en province, je m'inscris dans la vie locale en cherchant les bons producteurs.

Et dans les émissions qui parlent de ça, ils oublient toujours de dire que c'est si bon un fruit qui a du gout, un aliment qui ne donnera pas sa mini dose de poison à mon organisme. Il faut simplement se laisser porter par les vrais bio sans écouter les faux bios ou les anti-bio et petit à petit, on comprend.

Une autre fois nous parlerons du pain...

Maïtou Oléon
http://www.facebook.com/maitou.oleon